…le voyage aux confitures (113)
…le voyage aux confitures, plus tant d’oranges et de chocolats ! de tout !. où ils abusent, où ils sont vraiment difficiles c’est qu’ils nous dépouillent nous, de tout, c’est qu’ils veulent toutes nos couvertures ! ils ont les leurs de la Croix-Rouge ! damnés moutards ! ils veulent nos oripeaux aussi ! tous nos bouts de tapis et mousselines ! qu’on a eu tant de mal ! tout ce qui nous habille !. ils nous déchirent ! il faut se défendre ! s’ils sont déprédateurs terribles ces mômes !. filles et garçons. petits macaques horribles déchireurs, bien pires que nous ! s’ils s’en prennent à nos flots de mousseline !. ils profitent de tous les cahots pour nous dépiauter !. à dix, ils s’y mettent ! et que je te tire !. et après les ministres qui ronflent !. ils les dépiautent ! surtout après le cinquième jour qu’ils sont devenus pirates affreux ! cinq jours enfermés, pas sortir ! cinq jours et cinq nuits. ils trouvent encore des bouts de wagon à disloquer ! ah ! le train du Shah !. des restes de fauteuils !. et que tout ça se bat, hurle, en même temps ! jettent tout ce qu’ils arrachent par les fenêtres ! et contre nous !. la Fraulein, leur infirmière, fait ce qu’elle peut ! vous pensez !. Ursula, son nom. elle répond même plus aux mômes… « Fraulein Ursula ! Fraulein Ursula ! » ils l’appellent pour qu’elle voie comme ils déchirent tout. bien tout !… et qu’ils sont fiers !… elle réagit plus. elle leur a donné tout ce qu’elle avait dans les caisses. le lait condensé, les seaux de marmelade. elle les a gavés, foutus mômes !. et nous avec ! plus ce qu’ils ont jeté par les fenêtres ! vous parlez ! tous la colique, forcément ! heureusement les W. -C. fonctionnent. ils ont beau être en un état ! cacas partout !. c’est encore une autre distraction, cacas partout !. la Fraulein a beau dire, les mômes vous pensez, écoutent rien !. un cirque, le wagon ! elle peut tenter « Kinder ! Kinder ! » salut ! s’ils l’ont en grippe les Kinder, leur Fraulein ! ce qu’ils veulent, qu’elle fasse arrêter le train ! et tout de suite ! aller se promener dans la campagne ! la campagne ! là, dehors ! qu’elle leur apporte d’autres confitures !. encore ! encore ! leur ouvre d’autres caisses !. ah, la bière !. ils veulent aussi boire de la bière !. comme les Ministres !. à la bouteille même !. ils trinquent avec !. glouglous !.. pensez l’effet sur les mômes ! la bière les abat. l’effet. ils ronflent avec les ministres à même le parquet du wagon. on a passé sous un tunnel. Marion me fait remarquer, je m’en étais pas aperçu !. aussi endormi que les mômes ?. et j’avais rien bu, moi !. je bois jamais rien. sauf mon bidon d’eau. mais Marion avait raison, on était passé sous le tunnel. Marion m’explique. les monts Eiffel. rien vu !. y a eu des bombes à la sortie, il paraît. rien entendu !. elles sont tombées assez loin. il paraît !. tant mieux !. on a changé de locomotive, on a manœuvré. sous le tunnel, tout ça pendant que je dormais ?. tant mieux ! tant mieux !. le sommeil knock-out !. la Fraulein gisait aussi, ronflait !. knock-out aussi !. eux les mômes, si le coup de sommeil les avait reposés fols ! plus déchaînés que tout à l’heure ! décuplés diables !. voilà qu’ils plument les Ministres !. oui ! oui ! positif ! ils s’amusent !. roupanes, cordelières, les mousselines surtout !. ils recommencent ! ils les épluchent ! ils s’en font eux-mêmes des manteaux ! des capuchons. les filles aussi !. des robes à traîne !. le carnaval dans le wagon !. les ministres se défendent un peu, comme ils peuvent, pas beaucoup, la peur c’est qu’ils se foutent par les fenêtres, des pareils mômes ! et que ça se bat !… torche !… hurle !… tout le wagon !… les femmes enceintes, elles, sont tranquilles, tout de leur long sur le parquet. raisonnables. mais dans leur état !. cahotées comme ! carambolées l’une contre l’autre !. une honte !. je les plains. tchutt ! tchutt ! tchutt ! on avance quand même. je vous fais la locomotive. ces femmes enceintes sont bien presque toutes « à terme ». enfin au moins au « huitième mois ». on sera arrivés « avant » j’espère ! j’espère !. je me vois pas beau qu’une d’elles accouche !.
A suivre








