Là, l’aigle royal Hohenzollern était le maître de la Forêt et des territoires jusqu’en Suisse. il faisait absolument ce qu’il voulait !. personne pouvait l’intimider. le commandement de la Forêt Noire !. troupeaux, lapins, biches. et les fées. à chaque promenade il était là, même pré, même poteau. il nous aimait certainement pas.
Après mettons deux kilomètres de berge du Danube vous voyiez surgir une silhouette. ça manquait jamais : une silhouette à gestes. signes d’avancer !. ou de reculer !. signes que Pétain avance encore. ou fasse demi-tour !. on la connaissait ! silhouette !.
c’était l’Amiral Corpechot, il avait la garde du Danube, et le commandement de toutes les flottilles jusqu’à la Drave… il voyait venir l’offensive russe : le Maréchal en pleine promenade !… la flotte fluviale russe remonter le Danube !… il était certain !… il s’était nommé lui-même : Amiral aux Estuaires d’Europe et Commandant des deux Berges… il voyait la flotte russe de Vienne passer la Bavière et prendre le Wurtemberg à rebours !… et Siegmaringen !… forcément ! et toute la « collaboration ». et surtout Pétain !… il voyait Pétain kidnappé !… ficelé fond de cale d’un de ces engins submersibles qu’il avait vu sortir de l’eau !. oui ! lui !. amphibies !. qui pullulaient passé Pest !. Corpechot me racontait tout !. je le soignais pour son emphysème. il avait eu connaissance de tous les plans russes ! matériel et stratégie ! il savait même le fin du fin de leur dispositif aéro-aquo-terrestre, la catapulte par hydrolyse, le système Ader renversé, sous-nautique !. vous dire ce qu’on pouvait s’attendre !. j’étais jamais étonné de voir Corpechot surgir, une berge l’autre, nous faire des signes que la promenade était finie, que les Russes étaient signalés !. pas de surprise pour Pétain non plus. il faisait demi-tour. les ministres avec. vous pensez que ce Corpechot on l’avait arrête dix fois. vingt fois !. et vingt fois relâché !. plus aucune place dans les Asiles !. plus aucune place d’abord nulle part et pour personne !. fous pas fous !. c’était se planquer n’importe où !. fous !. pas fous. tous les alibis !. tous les combles ! étables. bunkers !… arrière-boutiques ! et les salles d’attente des gares. la cohue totale ! des villages entiers sous les trains. à passer la nuit. recroquevillés. et dans la forêt !. des grottes d’où les gens sortaient plus ! venus de tous les coins d’Europe.
Je vous disais que Corpechot s’était promu amiral. il trouvait qu’il avait des titres, bien plus de titres que ceux du Château, amiraux de bureaux, du grand État-Major Darlan !. et d’abord l’article 75 !. décoré de l’article 75 !. pas inventé celui-là. mandat et tout ! très réel ! traqué sérieux !. la preuve comme il était parti !. poil !. le dernier train ! gare de l’Est !. ils y avaient pu piquer que son fils, sa femme, sa belle-sœur… tout ce joli monde à Drancy !… une minute de plus ils l’avaient !… et c’était vrai !… j’avais lu le rapport chez Brinon… et son curriculum exact. il avait été échotier et puis rédacteur en chef du grand hebdomadaire yachtique « Bout dehors ! » vous pouviez parler de lui à Brème, à Enghien ou à l’Île de Wight !… on s’inclinait !… il faisait qu’un avec les régates !… « Corpechot l’a dit !… » c’était tout ! l’autorité ! si Dœnitz l’avait eu facile !… « Corpechot vous êtes la Marine ! über allés !… vous vengerez la France et Dunkerque ! » là-dessus ils s’étaient embrassés. « Trafalgar ! Trafalgar !… » d’où vous le trouviez là, l’article 75 au derrière. et toute sa famille à Drancy. mais qu’il savait plus quoi ni quès !. Corpechot-vous-êtes-la-Marine !. vous pensez qu’il avait fallu qu’il se donne « Corpechot-vous-êtes-la-Marine » ! qu’il mérite !. d’abord à Hambourg. puis à Kiel. puis à Warnemünde. pour Dœnitz !. Kriegsmarine ! d’un camp l’autre !. là alors le coup d’avancement !. « Commandant des Forces du
Danube » !. tous les plans d’eau Wurtemberg-Suisse !. et donc la sauvegarde de Pétain, jusqu’où il avait le droit d’aller. pas loin ! pas plus loin !. demi-tour !.
Certes en l’air, le ciel ça allait !. l’Anglais battait de l’aile !. y avait qu’à voir leurs pauvres avions qu’osaient même pas nous bombarder ! intimidés par le Château ! foutus !. mais les Russes ?. leurs sous-marins amphibies ? Corpechot perdait pas de vue le fleuve, la moindre vaguelette : le traître Danube ! le péril russe ! il s’était monté des petits tertres. chaque coude. des sortes de petits sémaphores. des hunes. de là vous pouviez lui parler !. lui raconter la R.A.F. ! vous le faisiez tordre, plier en quatre ! pouffant saugrenu que vous étiez !. les bombes ?. c’est lui qui en éclatait ! « Ah ! par exemple !. ah ! par exemple ! vous regardez que le Ciel ! vous aussi ! pique-la-Lune !. grotesque ! incroyable ! mais c’est par le fleuve qu’ils viendront ! voyons ! regardez !. regardez-le ! regardez-vous-même !. » et il vous passait sa jumelle. sa grosse Licca. pas à plaisanter du tout !. « Vous avez raison, Amiral !. » personne
le contredisait !… sitôt que Pétain l’apercevait, demi-tour !
Comme ça un moment de la fin des régimes personne contredit plus personne. les plus énergumènes sont rois. Corpechot, un geste, Pétain, Debeney lui obéissaient. Corpechot couchait à la dure, au fond d’un fourré. un autre. et tout de même il avait de la tenue. absolument impeccable !. la tenue d’amiral, la très haute casquette. et souliers vernis !. il s’était fait habiller tel, là-haut, au Dépôt, entre deux bombardements. le teint vermeil, gros nez, grosse panse. double pèlerine !. tenue de « Grand temps » sur l’Océan !. sa Licca balançant sur le bide. vous l’auriez trouvé rue Royale, vous vous seriez écrié tout de suite : « Oh ! mais pas d’erreur ! l’Amiral !. il est la Marine !. il incarne !. » pas compliqué, pas difficile, les vrais authentiques et les dingues. la seule différence. l’endroit qu’ils se trouvent !. Rue Royale ou sur les bords du Danube. vingt fois. cent fois !. Pétain avait fait écrire à Abetz que ce Corpechot était de trop ! amiral ou pas ! qu’il en avait assez des siens !. tous les étages. ministres et cadres supérieurs !. qu’on l’espionnait à la promenade !. Abetz y pouvait zéro ! au moment où tout fout le camp c’est plus qu’à regarder et se taire. Vichy, le nonce du Pape. Corpechot-Danube. pas contredire !. trouiller le changement d’acte, tenir la scène encore un peu. le moment que tourne la Page !. Deloncle ?. Swoboda ?. ou Brinon ? ou Navachine ? avec mitraillette ou sans. ou Juanovici ?. Stalin ? ou Pétain ?. ou Gourion ? le commandement de Corpechot qui compte !. tous, demi-tour !. toute la Maison Militaire. et la queue leu leu des Ministres. et les autres huiles. et nous quatre, Marion, Lili, moi, Bébert. il s’agissait pas que la flotte nous coiffe avant le grand pont !. le « triple-voie-portées-métalliques ». finie la promenade !. retour au Château. atteindre le grand pont !. même berge, sens inverse. les derniers deviennent les premiers ! demi-tour ! demi-tour !. les chefs de Partis en avant !. Bucard et ses hommes. Sabiani ses hommes. Bout de l’An et ses hommes. je note à propos, qu’Hérold Paquis, aussi menteur éhonté que
Tartre, a jamais foutu les pieds à Siegmaringen, il est resté 70 bornes sur son île, bouffer ses conserves… il a jamais rien vu du tout. sauf son casier judiciaire. Doriot est jamais venu non plus. on a jamais vu que sa voiture, criblée, dentelée. ce que c’est d’être sorti de Constance !. la bonne vie, sauf la gale. la gale comme nous plus que nous !. pour la question de la promenade, Déat en a jamais été. géant de la pensée politique il préférait partir tout seul au fond des bois. il frayait peu. il préférait. il mettait au point un certain programme de l’« Europe Burgonde et Française », avec élections primo-majoro-pluri-différées. il méditait.
De réfléchir, méditer ainsi, je pense au Noguarès. qu’est-ce qu’il vient foutre écrire de Siegmaringen ? l’avait qu’à venir ! satané le pompeux clancul ! qu’il s’en gardait comme chier au lit !. pas plus vous avez vu Charlot descendre en tranchée, bazouka en poigne, refouler les tanks fritz !. rusés matous !. « gratuits » tous !. jamais payeurs !.. putains de festivals !. que je les verrais tous, durs purs sûrs, à la terrasse des « Trois Magots ». signer leurs portraits avec le sang d’admirateurs. milliards cocus !.
A suivre